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Le Dévoreur

Violine sortit du couvert des pins et le dénivelé s’adoucit. L’herbe haute lui arrivait jusqu’à la taille et elle prit garde à éviter les chardons. Avec sa chute, elle avait quitté son chemin habituel, mais elle devrait juste longer la lisière vers le sud pour le retrouver. De toute façon, le village apparaitrait bientôt en contrebas.

Pleine d’entrain, elle quitta la montagne pour traverser la clairière, son tablier gonflé devant elle par le vent, l’herbe lui battant les mollets. De loin, elle aperçut Rainier qui menait ses moutons et l’appela en levant le bras pour le saluer.

Elle ne vit pas la faille avant que son pied ne rencontre que le vide. Elle battit des bras, trop tard. La faille l’engloutit tout entière. Sa tête se fracassa contre la pierre.

***

Les étoiles étincelaient dans le ciel encore teinté de rose par le soleil à peine couché, exempt de nuage. Violine cligna des yeux. Elle s’assit. Les ombres recouvraient la vallée, assombrissant la clairière peu familière. La masse de pins, plus haut, paraissait menaçante dans la pénombre.

Elle était pieds nus. Seul un pan de son tablier restait attaché à sa ceinture, où un pauvre pied de mouton était coincé entre deux plis. Elle n’avait pas un bleu, pas une écorchure. Elle ne voyait nulle part la faille, pourtant, elle se souvenait y être tombée.

Les étoiles étincelaient d’autant plus fort en l’absence de lune. Celle-ci se trouvait la veille dans son premier quartier et devrait apparaître à cette heure.

Violine frissonna, puis remarqua qu’elle n’avait pas froid. Même l’été, l’air était froid au village, et plus encore si près de la montagne. Elle n’avait pas faim non plus et ne ressentait pas la fatigue de sa journée de travail.

Oh, comprit-elle. Elle était morte.

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